Extrait,  Littérature française

Extrait : « Qui ne se plante pas ne pousse jamais » de Sophie Tal Men

“Mon chers enfants, je vous attends.
Tous les jours à 19 h.
Là, sur les marches, entre les deux statues de chien.
Pour trinquer avec un verre de rhum vieux.
Tous les trois, comme au bon vieux temps.
Affectueusement,
Jacqueline. »


« La jeune femme crispa ses doigts sur le carton et le relut plusieurs fois. En silence, puis de plus en plus fort. 
– Eh bien, merci du cadeau ! explosa-t-elle en jetant la carte. Non mais, elle a complètement perdu la tête, ma parole ! À Cuba ? Si elle croit que je n’ai que ça à faire, moi ! Avant Noël, en plus ! Juste la période où j’ai le plus de boulot ! C’est totalement délirant. Dé-li-rant, gémit-elle avant de s’affaisser sur une chaise en enfouissant sa tête dans ses mains. Du rhum… Vous vous rendez compte, à plus de quatre-vingts-ans ! Aller se saouler sous les tropiques… Et bien sûr, je devrais trouver cela normal ! Sandy ? Vous qui connaissez les vieux… c’est Alzheimer, vous croyez ?
– Les vieux ? Les personnes âgées, vous voulez dire. Non… Je ne pense pas que ce soit Alzheimer. Son plan est trop bien orchestré.
– Vous avez raison. Si elle avait perdu la tête, elle n’aurait pas été capable de se rappeler cet endroit. Trinidad, elle m’en parle depuis que je suis toute petite. Elle y était partie en stage avec son groupe de salsa. Cela devait durer deux semaines, mais elle y était restée plusieurs mois. Je me souviens que ma mère s’était inquiétée à l’époque, se demandant si elle allait revenir un jour.
– Votre grand-mère, danseuse de salsa ?
– Entre autres… J’avoue qu’elle me fatigue ! soupira Margaux en puisant tout au fond de son sac en quête de son fameux coffret de chocolats.
Cette fois-ci, elle ne réfléchit pas et engouffra le premier qui lui passa sous la main. La ganache à l’infusion de poivre de Jamaïque. Une saveur qu’elle trouva bien à propos et qu’elle voulut garder sur sa langue le plus longtemps possible. Pendant ce temps, Sandy continuait minutieusement à inspecter la boîte.
– Regardez ! Il y a un autre mot à l’intérieur. Il était plié, je ne l’avais pas vu.
– Faites voir ! »

Sophie Tal Men
« Qui ne se plante pas ne pousse jamais« 
Éditions Albin Michel, 2019, p. 75-76

 

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