Chroniques littéraires,  Mes conseils de lecture

YASMINA KHADRA ET « KHALIL », LA PURE SOCIOLOGIE À TRAVERS LES MOTS

J’étais très excitée quand j’ai découvert que Yasmina Khadra publie un nouveau roman. Je vous ai déjà dit que je l’apprécie beaucoup, particulièrement parce qu’il traite des sujets d’actualité : socio-politique, économie, religion, conflit internationaux. Son nouveau livre publié par les éditions Julliard, est paru le 18 août. Cette fois, Khadra se focalise sur l’histoire des attentats qui ont eu lieu à Paris en novembre 2015 : stade de France, Bataclan, des brasseries parisiennes. L’histoire qui a terrifié les habitants de Paris et dont l’horreur est toujours présente dans leurs yeux.

Avant de commencer le roman, j’ai pensé à tort que j’en apprendrais beaucoup sur ces attentats. J’avais imaginé que Mr Khadra avait passé du temps à analyser des archives, des articles, des rapports de police afin de présenter au lecteur une fiction, la plus proche possible de la réalité. Ce n’est pas exactement vrai. Nous ne trouvons pas de détails de cet événement et l’action pendant cet attentat ne se passe qu’au début du roman, vers le Stade de France. D’un côté, j’étais un peu déçue, parce que ce n’était pas ce que j’attendais, mais d’un autre côté, je comprends que, tout simplement, ce n’était pas le but de l’écrivain. Au lieu de ça, j’ai découvert un beau roman socio-psychologique.

Avez-vous regardé « La grande librairie » la semaine dernière ? Yasmina Khadra a été un des invitées et ils ont donc discuté de son nouveau roman sous le contexte de « la folie ». La folie, est-elle présente dans « Khalil » ? Si oui, quel type de la folie retrouvons-nous ? L’émission très riche en présence, entre autre, de psychiatre et de l’écrivain Salman Rushdie! Dans cette émission Khadra dit clairement que, le but de ce livre est qu’il soit accessible à tout le monde. D’un adolescent, à un adulte. Il n’y a pas de violence, ni les descriptions choquantes. Au lieu de cela, il y a une histoire d’un jeune belge islamiste, perdu dans sa vie, n’ayant aucune éducation morale / mentale et n’ayant aucune personne ne pouvant lui apprendre la distinction entre ce qui est bon et ce qui est mal. Par ce commentaire, j’ai rencontré des avis assez sévères. Certaines personnes disent « on ne peut pas défendre les terroristes ». Je suis bien d’accord, mais personnellement je ne trouve pas que c’était le but de Yasmina Khadra. Avant, je n’ai jamais réfléchit de l’autre côté du miroir. Là, « Khalil » montre la puissance des djihadiste, qui se présente par leur discours, leur promesse de créer une image d’une famille, l’amour des frères et de leur dieu. Une manipulation nous faisant penser à une sorte de secte.

L’histoire de « Khalil » est donc claire. Le roman est écrit à la première personne de singulier, où le narrateur est un terroriste. Pendant les quelques premières pages, nous nous retrouvons avec le héros et ses frères djihadistes dans une voiture, en direction de Paris, le soir du 13 novembre 2015. En poursuivant cette histoire, nous apprenons à connaitre, petit à petit, l’enfance du personnage principal, sa situation familiale, ses relations avec ses amis.

Ce que j’aime bien chez Khadra, c’est qu’il introduit toujours deux sortes de personnages au second plan : les méchants et ceux qui représente la voix morale, douce, raisonnable. Ceux qui essayent de remettre le héros sur le bon chemin. Dans « Khalil » ça serait sûrement sa sœur jumelle – Zahra et son meilleur ami – Rayan :

« – Ça ne me rentre pas dans le crâne. Il n’était pas idiot, Driss. Il savait ce qui est bien et ce qui ne l’est pas […] Quelles raisons y aurait-il dans l’insensée ? S’écria-t-il dans une giclée de postillons. Nous avons un cerveau pour réfléchir. Ce qui est mal est mal, rien ne le justifie et rien ne le minimise. » 

Editions Julliard,2018, p. 81

Par rapport au langage littéraire et à la linguistique, le style de Khadra reste irréprochable. Il a très bien adapté le langage du narrateur, en montrant Khalil comme une personne réelle et authentique. J’ai particulièrement adoré les fragments, dont les discours par rapport à certaine situation, (comme par exemple certains actes de violence) semblent être complétement inadaptés, mais aussi simultanément tellement réels :

« La station est juste au bout de la place que tu vois là-bas. Impossible de la louper. Tu as bien ton ticket de RER ? – Je ne risque pas de le perdre. C’est mon aller simple pour le Firdaous. » 

Editions Julliard,2018, p. 30, 31

Ce qui me choc c’est surtout le contraste entre la brutalité de leurs actes et leur indifférence et insensibilité… comme dans la citation au-dessus, l’inquiétude de ne pas perdre un ticket RER.

Selon moi, une grande part de cette folie mentionnée, se trouve dans ce langage littéraire, et pas seulement à travers l’histoire racontée.

A QUI PUIS-JE RECOMMANDER ?

C’est un roman beaucoup plus sociologique qu’historique. C’est donc surtout le portrait du personnage principal qui est intéressant. Ainsi qu’un autre regard sur les évènements de novembre 2015. Comme Khadra a évoqué, son roman est adressé (et adapté !) à tout le monde. C’est rare que nous trouvions un personnage « méchant » présenté de façon aussi neutre, sans jugement. Enfin, il est jugé par d’autres personnages de l’histoire, mais à aucun moment par l’auteur. Cette représentation nous rappelle que Khalil (héros totalement fictif !) reste, tout de même, un homme. Il n’est pas réduit à l’image de monstre qu’un terroriste peut nous transmettre…

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