Chroniques littéraires,  Roman de guerre

« PAR AMOUR » – VALÉRIE TONG CUONG

« J’ignorais bien sûr que tout, absolument tout changerait, et bien plus vite que je n’aurais pu l’imaginer. Je croyais que nous avions vécu le pire, que nous finirions par nous en accommoder, par oublier la fuite, le retour, que nous saurions nous réinventer, retrouver une forme d’équilibre, je n’avais pas encore compris que ce mot, équilibre, ne signifiait plus rien. Il n’y avait plus d’endroit ou d’envers, de tort ou de raison, de bon ou de mauvais côté : tout cela venait de disparaître dans le fracas de la défaite. Désormais, il y aurait seulement la vie et la mort. » 

(Page 62, Editions Jean-Claude Lattès, 2017)

Ce livre, comme l’indique bien le titre, m’a été offert par amour, par mon compagnon, qui sait bien ce que j’aime lire et que j’apprécie beaucoup les romans de guerre. Effectivement il ne s’est pas trompé, ce livre m’a plu énormément. J’ai lu ces derniers temps beaucoup d’ouvrages qui touchent ce sujet, mais tous les autres décrivent une image de la guerre différente que celle de « Par amour ».

Ce roman parle d’une famille, dont nous rencontrons deux sœurs Muguette et Émélie, leurs maris et les enfants. Il raconte leur vie au Havre pendant la Seconde Guerre mondiale, à partir de juin 1940, jusqu’à la fin de la guerre en septembre 1945. Le roman est divisé en chapitres, dont chacun présente une histoire du point de vue d’un personnage, ce qui permet au lecteur de « faire la connaissance » avec chaque personne de cette famille. Cette représentation dans un récit peut être parfois perturbante, car il faut « sauter » d’un personnage à l’autre, par contre dans « Par amour » ce n’est absolument pas dérangeant, bien au contraire. L’écrivaine a parfaitement mise en œuvre les histoires de chacun. Ces histoires s’entremêlent et se complètent. Les points de vue de tous les personnages sont différents. Même s’ils parlent d’une même situation, nous voyons que ces histoires ont un impact différent sur chaque membre de la famille et chacun d’entre eux les prends à sa façon. Bien évidemment, le père de la famille ne montre pas les mêmes inquiétudes que son enfant et vice versa. C’est donc une belle représentation des sentiments, de la peur, du courage ou de la tristesse, bien approprié en fonction de l’âge et de l’expérience.

Je me suis demandé dès le début pourquoi ce titre ? Pourquoi « Par amour » ? Mais j’ai compris très vite, que toutes les histoires racontées, ont également pour but de nous montrer ce qu’une personne est capable de faire pour l’autre, particulièrement dans de telles circonstances, même si cela engendre de la souffrance. En plus, je trouve que c’est grâce à cela que nous arriverons à comprendre leurs actes, leurs relations, leurs sentiments.

Un seul personnage, Louis – mari de Muguette, ne prend pas la parole dans ce roman, même si les autres parlent de lui assez souvent. Dans le dernier chapitre du livre, nous apprenons la raison pour laquelle l’écrivaine ne lui a pas donné la parole : il ne suit pas la règle principale : par amour, mais cela, je vous laisse le découvrir par vous-mêmes.

Je vous ai parlé au début de cet article, que l’image de la guerre dans ce roman est bien différente de ce que j’ai lu auparavant. A travers ces quelques mots, je voulais attirer votre attention sur le fait, que dans ce livre il n’y a pas beaucoup d’image cruelle de la guerre que nous pouvons par exemple retrouver chez Zofia Nalkowska ou Charlotte Delbo. Dans ce livre, vous ne trouverez pas de description de squelettes, de violence faites par les nazis, ni de détails de batailles, excepté l’avant-dernier chapitre, au moment de la fin de la guerre. Dans « Par amour », la guerre est représentée par les émotions, les ressenties des personnages. Pendant la lecture, nous n’avons qu’une envie, relier la famille ensemble, car tout le malheur qui apparaît dans cette histoire, est tout simplement présent à cause des actes faits par amour. Et c’est ce qui provoque la douleur des héros, tout comme la nôtre.

A QUI PUIS-JE RECOMMANDER CET OUVRAGE :

Ce n’est pas facile cette fois de répondre à cette question. Ma première pensée était « c’est plutôt pour les femmes », car le langage littéraire est très sentimental, parfois romantique : « Nous nous étions aimés de toutes les manières possibles, avec nos mots, nos silences, nos corps, nos âmes, nos cœurs bouleversés. » (p. 324)

Mais je vais sortir de ce stéréotype et dirais tout simplement, que chaque personne peut trouver quelque chose pour soi. Nous avons ici des histoires racontées par les hommes, les femmes, les filles et les garçons, ce qui nous permet de nous identifier au personnage le plus proche de notre cœur.

Ce temps que j’ai consacré à la lecture de ce roman était vraiment précieux et je recommande sans hésitation à tout le monde.

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