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CHARLOTTE DELBO « AUCUN DE NOUS NE REVIENDRA »

Comme je viens de finir mes études littéraires et que mes travaux de ces 10 derniers mois ont principalement traités de la thématique guerrière, je pensais pouvoir profiter de cette expérience et commencer mon blog par une œuvre de l’écrivaine française : Charlotte Delbo « Aucun de nous ne reviendra ».

C’est un témoignage, publié par l’écrivaine en 1965, soit bien après la fin de la seconde guerre mondiale. Comme toutes les informations concernant cet évènement historique ont déjà été bien dévoilés : les crimes nazis, leur moyens de traiter (tuer) les gens, les tombes collectives dans les forêts, brièvement l’immensité du génocide. Charlotte Delbo présente l’esthétique et l’éthique littéraires dans le camp d’extermination d’Auschwitz et introduit l’essentiel de cette période : les prisonniers, les exécuteurs, leurs relations, sentiments, conditions de vivre et de travailler, les pénalités, de la violence et de la maltraitance.

Son témoignage se compose de plusieurs histoires racontées par l’auteure. Chaque histoire a son titre. Parfois c’est seulement un poème, parfois une longue histoire détaillée, qui raconte une situation concrète vécu à Auschwitz. L’écrivaine, étant le témoin, elle se met à la place du narrateur qui raconte uniquement ce qu’elle a vu, entendu, ressentie ou tout simplement vécu.

Ce que je trouve magnifique, c’est son langage littéraire. Chaque guerre est cruelle, on le sait, mais le fait de la raconter de manière aussi belle, démontre une parfaite maitrise de la langue. Pour introduire le pathos, l’auteure met souvent en scène des phrases courtes. Cette technique lui permet de créer une tension et une ambiance d’incertitude et d’épouvante, nous pouvons même dire, une sorte d’agitation pendant la lecture. Elle introduit également des mots dans la langue étrangère, la plupart du temps, de la langue allemande, qui est une métaphore de domination, de la langue d’exécuteur.

Tout ce que Charlotte Delbo écrit, apporte des informations précieuses au lecteur d’un point de vue historique, psychologique, littéraire, économique et socio-politique. C’est une œuvre qui exige beaucoup de concentration et d’endurance pendant la lecture, car l’auteure traite une thématique difficile et délicate. Même si elle ne nous concerne pas directement, elle reste un sujet douloureux de l’histoire européenne.

UNE PETITE CITATION POUR VOUS ÉCLAIRCIR SUR SA FAÇON D’ÉCRIRE :

« C’est une femme. Un squelette de femme. Elle est nue. On voit les cotes et les os iliaques. Elle remonte la couverture sur ses épaules, continue à danser. Une danse de mécanique. Un squelette de femme qui danse. Ses pieds sont petits, maigres et nus dans la neige. Il y a des squelettes vivants et qui dansent. Et maintenant je suis dans un café à écrire cette histoire – car cela devient une histoire »[1].

A QUI PUIS-JE RECOMMANDER CET OUVRAGE :

A chaque personne qui est intéressée par la thématique de la guerre ou qui voudrait en savoir un peu plus sur les camps d’extermination. C’est également une opportunité de découvrir l’image de la guerre, surtout d’Auschwitz à travers les yeux d’une personne qui cette guerre vécu. Si vous n’êtes pas attirés par l’histoire, ou si vous préférez lire la littérature moins cérébrale, je le recommande moins, car il y a dans ce récit beaucoup de sentiments forts, parfois bouleversants, choquants.

Selon moi, « Aucun de nous ne reviendra » vaut le coup. Je ne peux jamais dire que c’est un gaspillage du temps. Par contre, je trouve qu’il faut le lire au bon moment, quand nous avons envie et que notre esprit est ouvert à un sujet dur. Personnellement, je suis allée à Auschwitz deux fois dans ma vie, j’avais donc déjà dans mon avis sur la représentation de cet endroit, mais ce récit m’a offert des sentiments différents, qui n’ont pas changé ma vision, mais qui en revanche l’ont enrichi.

[1] Delbo Ch., Aucun de nous ne reviendra, Les Editions de Minuit, 1970, p. 44-45

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