Chroniques littéraires,  Littérature africaine

A LA RECHERCHE DU POSTCOLONIALISME LITTÉRAIRE – AHMADOU KOUROUMA « LES SOLEILS DES INDÉPENDANCES »

4ème de couverture :

La littérature d’Afrique noir se caractérise par sa diversité littéraire, surtout la littérature coloniale et postcoloniale, car les conquêtes coloniales ont inspiré des écrivains et des poètes à créer leurs ouvrages. Ces évènements historiques ont eu un impact sur la créativité de l’homme africain, sa fragilité artistique et littéraire. Si nous voudrions parler de Kourouma Ahmadou et comprendre ses œuvres, il faut nécessairement se poser la question : qu’est-ce que c’est la littérature postcoloniale ?

Pour répondre à cette question, nous pouvons constater que la littérature postcoloniale centralise toutes les idéologies et toute la thématique du colonialisme. Entre autre nous distinguons : la liberté, l’occupation, la violence ou la naissance d’un nouveau monde, bien touché par le colonialisme, par exemple avec l’apparition d’une nouvelle langue, mais qui présente également une nouvelle idée dans le pays, après son indépendance.

Kourouma introduit bien ces éléments (la politique, la culture, la religion, l’anthropologie, la sociologie, etc.) à travers son langage littéraire, ses métaphores ou même son témoignage, en racontant l’histoire de Mali. La représentation de la langue française dans les récits africains fait le lien avec l’esthétique postcoloniale. C’est dans la façon avec laquelle l’auteur décrit le monde, à travers les mots qu’il choisit, donc le vocabulaire et la syntaxe, la construction des phrases. L’auteur écrit en français, la langue dominante, mais il garde des éléments du langage malinké. Ensuite, un des éléments exceptionnels dans le roman est la syntaxe. Parfois, le sens des phrases n’est pas clair, ou laisse une libre interprétation à chacun :

« Fama avait comme le petit rat de marigot creusé le trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perte car comme la feuille avec laquelle on a fini de se torcher, les Indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches. »

[Kourouma A., « Les soleils des Indépendances », Editions du Seuil, 1970, p. 24]

C’est un roman qui bouleverse certains linguistes, mais aussi qui apporte beaucoup de richesse à la langue et la culture française.

ESTHÉTIQUE 

L’esthétique dans « Les soleils des Indépendances » est marquée par les facteurs historiques et culturels[1]. Chez Kourouma, nous pouvons retrouver ces facteurs, par exemple sous formes de violence, de coutumes et de rituels ou de responsabilités de femmes et d’hommes Malinkés. Son esthétique se présente bien entre autre à travers la représentation de la religion musulmane. Dès le début, l’auteur introduit la présence d’Allah dans son récit, pour bien renseigner le lecteur de son importance dans la vie quotidienne des malinkés. Nous retrouvons le lien inséparable entre la religion, la vie et la nature qui vient de la culture africaine.

ETHIQUE 

Dans la littérature postcoloniale, donc également dans « Les soleils des Indépendances », l’éthique joue un rôle significatif, représentée par la politique et la violence. Kourouma réunit le monde de l’ancienne colonie avec le monde contemporain, en mettant en scène, le contexte sociohistorique, culturel et politique. Si la littérature postcoloniale interroge sur l’histoire coloniale, elle vient forcement à cause des évènements politiques qui ont perturbé l’ancien régime, et qui ont eu l’impact sur d’autres éléments, comme la culture, la religion, l’identité, le multiculturalisme, le nationalisme, etc.

Concernant la violence, elle est fortement présentée dans le récit, surtout lorsqu’il s’agit de celle contre les femmes. Sur l’exemple de Salimata (femme du personnage principal), elle devient victime d’acte sexuel. Puis, il y a également la violence, qui traite une sphère culturelle, par exemple, le fait que Fama a deux épouses. Ce dernier n’est pas forcement considéré comme un viol, car il vient surtout de la culture africaine, par contre prenant en considération les circonstances (Fama savait que Salimata ne peut pas lui donner des enfants), il fait subir une sorte de viol psychique auprès de sa femme.

A QUI PUIS-JE RECOMMANDER ?

Le roman de Kourouma est vraiment exceptionnel. A mon avis, ce qui lui apporte son originalité, apporte en même temps, ses difficultés de lecture. Ce langage littéraire peut poser des problèmes au lecteur et il nécessite une relecture multiple de certains fragments. Si cela ne vous décourage pas, il est très riche dans sa forme et dans ce qu’elle représente. L’histoire racontée par les yeux de l’écrivain, sa vision du monde africain et européen, dévoilent une image véritable, qui n’est pas forcement connue par tout le monde. Le lecteur reçoit beaucoup d’informations qui l’apprennent, le renseignent, lui ouvrent les yeux et invitent à approfondir l’histoire et la culture africaine.

[1] Shango Lokoho T., Esthetique postcoloniale et litterature francophone, K8EP02, cours magistral, Annee universitaire 2017-2018, Universite Sorbonne Nouvelle – Paris 3, 2eme semestre 2018, p. 25

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